Les chrétiens et la politique

Publié le 11 mars 2017, mise à jour le 18 mars 2017
par Michel et Marie-Andrée Gazeau

Note doctrinale à propos de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique

Congrégation pour la Doctrine de la Foi - 16 janvier 2003

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, durant l’audience du 21 novembre 2002, a approuvé et ordonné la publication de cette Note
Source : Note doctrinale
Cette Note s’adresse aux évêques de l’Eglise catholique, mais surtout à tous les fidèles laïcs appelés à participer à la vie publique et politique des sociétés démocratiques.

Introduction - Saint Thomas More, saint patron des hommes politiques

L’Eglise vénère, parmi ses saints, bien des hommes et des femmes qui ont servi Dieu par leur engagement généreux dans les activités politiques et de gouvernement. Parmi ceux-ci, Saint Thomas More, proclamé Patron des Gouvernants et des Politiciens.

Le but de ce document est d’aider les chrétiens à participer à la vie politique.

Les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la "politique" ... qui a pour but de promouvoir organiquement et par les institutions le bien commun  ”. Ce bien commun   inclut la défense et la promotion de réalités telles que l’ordre public et la paix, la liberté et l’égalité, le respect de la vie humaine et de l’environnement, la justice, la solidarité, etc.

Cette Note veut éclairer un des aspects les plus importants de l’unité de la vie chrétienne, rappelée par le Concile Vatican II : la cohérence entre la foi et la vie, entre l’Évangile et la culture.

Les temps actuels nécessitent des clarifications

Elle veut simplement rappeler quelques principes qui inspirent la conscience chrétienne, dans l’engagement social et politique des catholiques dans les sociétés démocratiques[11]. En effet, ces derniers temps, le cours rapide des événements a souvent provoqué l’émergence d’orientations ambiguës et de positions contestables, qui rendent utile la clarification de dimensions et d’aspects importants de cette thématique.
La société civile se trouve aujourd’hui dans un processus culturel complexe qui signale la fin d’une époque et l’incertitude pour les temps nouveaux qui pointent à l’horizon.

L’Eglise ne veut pas exercer un pouvoir politique ni éliminer la liberté d’opinion des catholiques sur des questions contingentes. Il veut au contraire – comme c’est son devoir – former et illuminer la conscience des fidèles, surtout quand ils se consacrent à un engagement dans la vie politique pour que leur action reste toujours au service de la promotion intégrale de la personne et du bien commun  .

Relativisme culturel qui se manifeste de manière évidente en érigeant en théorie et en défendant le pluralisme éthique, qui est la preuve de la décadence et de la dissolution de la raison.

Les citoyens revendiquent la plus complète autonomie pour leurs choix moraux... les législateurs pensent qu’il faut respecter cette liberté de choix.

Les chrétiens doivent s’engager

Il y a généralement une pluralité de partis à l’intérieur desquels les catholiques puissent choisir de militer, pour exercer, – surtout à travers la représentation parlementaire- leur droit-devoir de participer à la construction de la vie civile de leur pays

Les chrétiens doivent défendre la conception d’une loi morale naturelle

La réalisation concrète et la diversité des circonstances engendrent généralement une pluralité d’orientations et de solutions. Cependant, celles-ci doivent être moralement acceptables

Ils ont raison les citoyens qui jugent complètement fausse la thèse relativiste pour laquelle une norme morale enracinée dans la nature même de l’être humain n’existe pas. L’histoire du XXè siècle l’a montré. Toute conception de l’homme, du bien commun, de l’Etat doit se soumettre au jugement de cette norme morale.

Si le chrétien est tenu d’admettre la légitime multiplicité et diversité des options temporelles, il est aussi appelé à s’opposer à une conception du pluralisme ... La vie démocratique a besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques que leur nature et leur rôle de fondement de la vie sociale rendent non “négociables”.

La politique renvoie directement à la doctrine morale et sociale chrétienne. C’est à cet enseignement que les laïcs catholiques doivent toujours se confronter.

Aucun fidèle chrétien ne peut certes en appeler au principe du pluralisme et de l’autonomie des laïcs en politique pour favoriser des solutions de compromis qui compromettent ou atténuent la sauvegarde des exigences éthiques fondamentales pour le bien commun de la société. En soi, il ne s’agit pas de “valeurs confessionnelles”. En effet ces exigences éthiques s’enracinent dans l’être humain et appartiennent à la loi morale naturelle.

Les chrétiens doivent défendre l’intégrité de la personne humaine

La participation directe des citoyens est fondée sur une juste conception de la personne. Sur ce principe l’engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis.

La démocratie est fondée sur une juste conception de la personne... sinon, c’est le témoignage de la foi chrétienne dans le monde qui serait atteint. On assiste à des tentatives de législation qui veulent briser l’intangibilité de la vie humaine et qui ne se soucient pas des conséquences qui en dérivent dans la formation de la culture et des comportements sociaux, pour l’existence et l’avenir des peuples.

Ils ont “une obligation grave et précise de s’opposer” à toute loi qui s’avère un attentat à la vie humaine...il est impossible de participer à une campagne en leur faveur, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote.

La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées... la foi est constituée comme une unité infrangible.

Les chrétiens doivent faire des choix en fonction de la doctrine morale et sociale chrétienne

La complexité de la vie sociale engendre une multitude de partis à l’intérieur desquels les catholiques puissent choisir de militer, pour exercer – surtout à travers la représentation parlementaire – leurs droits et leurs devoirs dans la construction de la vie civile de leur pays

C’est à cet enseignement de la doctrine morale et sociale chrétienne que les laïcs catholiques doivent toujours se conformer pour avoir la certitude que leur participation à la vie politique est empreinte d’une responsabilité cohérente à l’égard des réalités temporelles.

Conformément aux valeurs morales, les lois doivent protéger :

- le droit primordial à la vie à partir de la conception jusqu’à son terme naturel
- droits de l’embryon humain.
- la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent
- la liberté d’éducation des enfants
- la protection sociale des mineurs
- la libération des victimes des formes modernes d’esclavage (par exemple, la drogue et l’exploitation de la prostitution)
- la liberté religieuse
- le développement d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun
- la justice sociale
- le principe de solidarité humaine et de la subsidiarité  
- la paix, “œuvre de la justice et effet de la charité”

Laïcité - Les exigences éthiques n’exigent pas que celui qui les défend professe la foi chrétienne.

La laïcité est comprise comme une autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique,- mais pas par rapport à la sphère morale. C’est une valeur, reconnue par l’Eglise, que l’on acquiert et qui fait partie du patrimoine de civilisation

Les citoyens catholiques ont le droit et le devoir, comme tous les autres, de rechercher sincèrement la vérité, de promouvoir et de défendre par tous les moyens licites, les vérités morales sur la vie sociale, la justice, la liberté, le respect de la vie et les autres droits de la personne. Le fait que certaines de ces vérités soient aussi enseignées par l’Eglise ne réduit en rien la légitimité civile et la laïcité de l’engagement de ceux qui se reconnaissent en elles.

Tous les secteurs de la vie laïque rentrent dans le dessein de Dieu, qui veut comme “lieu historique” de la révélation et de la réalisation de la charité de Jésus-Christ...Les chrétiens offrent leur contribution cohérente pour qu’à travers la politique s’instaure un ordre social plus juste et plus adéquat à la dignité de la personne. humaine.

Les risques d’une disqualification des valeurs chrétiennes

Disqualifier politiquement et refuser le droit des chrétiens d’agir en politique conformément à leurs convictions sur le bien commun, c’est nier non seulement toute importance politique et culturelle à la foi chrétienne, mais aussi la possibilité même d’une éthique naturelle. S’il en était ainsi, la voie serait ouverte à une anarchie morale qui ne pourrait jamais être identifiée avec aucune forme de pluralisme légitime. La domination du plus fort sur le faible serait la conséquence évidente d’un tel choix de société.

Les choix en contradiction avec des principes fondamentaux de la conscience chrétienne, ne sont pas compatibles avec l’appartenance à des associations ou à des organisations qui se définissent comme catholiques.

La foi en Jésus-Christ, qui s’est défini lui-même comme “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), demande aux chrétiens un effort pour s’insérer, avec un engagement majeur, dans la construction d’une culture qui, sous l’inspiration de l’Evangile.

L’engagement politique que les catholiques ont réussi à développer, dans divers pays, ne peuvent susciter en eux aucun complexe d’infériorité en face d’autres propositions dont l’histoire récente a démontré la faiblesse ou l’échec radical.

La démarche chrétienne est le contraire de toute utopie

La foi chrétienne est consciente que la dimension historique du vécu de l’homme impose de tenir compte de situations imparfaites... Dans cette ligne, il faut rejeter les positions politiques et les comportements inspirés d’une vision utopiste. Cette vision, transformant la tradition de la foi biblique en une espèce de prophétisme sans Dieu, instrumentalise le message religieux, en dirigeant la conscience vers une espérance seulement terrestre qui annule ou réduit la tension chrétienne vers la vie éternelle.

La vérité et la liberté - le relativisme religieux

En même temps, l’Eglise enseigne qu’il n’existe pas d’authentique liberté sans la vérité. Dans une société où la vérité n’est pas recherchée, où on ne cherche pas à la rejoindre, toute forme d’exercice authentique de la liberté est aussi affaiblie. Cela ouvre la voie à un libertinisme et à un individualisme qui nuisent à la protection du bien de la personne et de la société entière.

L’affirmation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ne contredit donc pas du tout la condamnation de l’indifférentisme et du relativisme religieux

Il ne faut pas penser, ce serait réducteur, que l’engagement des catholiques puisse se limiter à une simple transformation des structures. En effet, si à la base il n’y a pas une culture capable de recevoir, de justifier et de transformer en projets les exigences qui dérivent de la foi et de la morale, les transformations reposeront toujours sur des fondements fragiles.

La cohérence entre la foi et la vie, entre l’Évangile et la culture.

Le Concile exhorte les fidèles à “remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l’esprit de l’Evangile. Que les fidèles soient désireux de pouvoir “mener leurs activités terrestres en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains et familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses sous la souveraine ordonnance desquelles tout se trouve coordonné à la gloire de Dieu”

Sources complémentaires

Dans les derniers siècles, le Magistère de l’Eglise s’est occupé à plusieurs reprises des questions principales qui regardent l’ordre social et politique.
1- cités dans la Note
- LEON XIII, Encycl. Diuturnum illud, ASS 14 (1881/82) 4ss ; Encycl. Immortale Dei , ASS 18 (1885/86) 162ss ; Encycl.Libertas praestantissimum, ASS 20, (1887/88) 593ss ; Encycl. Rerum novarum, ASS 23 (1890/91) 643 ss
- BENOIT XV, Encycl. Pacem Dei munus pulcherrimum, AAS 12 (1920) 209ss
- PIE XI, Encycl. Quadragesimo anno, AAS 23 (1931) 190 ss ; Ep. Encycl. Mit brennender Sorge, AAS 29 (1937) 145-167 ; Encycl. Divini redemptoris, AAS 29 (1937) 78 ss
- PIE XII, Encycl. Summi Pontificatus, AAS 31 (1939) 423ss ; Radio-messages de Noël 1941-1944
- JEAN XXIII, Encycl. Mater et Magistra AAS 53 (1961) 401-4634 ; Lett. Encycl. Pacem in terris, AAS 55 (1963) 257-304
- PAUL VI, Lett. encycl. Populorum Progressio, AAS 59 (1967) 205-299 ; Lett. apost. Octogesima adveniens, AAS 63 (1971) 401441.

2- autres sources
- PIE XI, Encycl.Quas primas,1925 sur le Christ Roi, source de tout pouvoir temporel

Mots-clés (nombre de fois où ce mot apparaît dans la Note)
catholique 67
politique 56
personne - homme - humaine 46
société - sociale 37
foi 26
bien 26 (dont "bien commun" 15)
morale 24
Église 22
engager - engagement 22
conscience 21
culture 21
liberté 17
vérité 17
doctrine 15
participer - participation 13
citoyen 13
principes 13
enseigne - enseignement 13
respect 12
éthique 11
démocratie 11
service 7
laïcité 5
catéchisme 5
famille 5
tolérance 4
vote 4
refus 4
compromis 3

Note
La même année de la publication de cette note, le Pape Jean-Paul II signe le 10 juin 2002, avec le patriarche œcuménique Bartholomée Ier de Constantinople la déclaration de Venise « pour le bien de tous les êtres humains et pour la protection de la création  », une des premières déclarations communes entre catholiques et orthodoxes depuis le schisme de 1054.
En octobre 2002, Il a ajouté 5 nouveaux mystères Lumineux à la prière du rosaire.


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